*Prologue.**

*Prologue.**
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Mes parents me détestent. Ils m'ont dit que je n'étais qu'une bonne à rien, que j'avais foutu ma vie en l'air. Ils m'ont dit qu'ils avaient honte de moi, moi qui, auparavant étais leur plus grande fierté. J'étais la fille parfaite. J'étais jolie; j'avais un visage d'ange, disaient-il. Et j'étais vouée à une grande carrière. J'avais entamé des études de droits, afin de devenir avocate. Ce que mes parents ont toujours voulu. Mes résultats scolaires étaient excellents. D'après eux, je n'échouerai pas.
Bien entendu, jamais ils ne s'étaient attendu à une telle chose. Et je dois dire que moi non plus.
Ils ont tout fait pour que je redevienne la fille que j'étais avant. Ils m'ont envoyé voir différents médecins et j'ai été hospitalisée trois fois. Mais ils ont vite abandonné, réalisant que cela ne servait à rien. Aujourd'hui, ils me méprisent. Je suis passée de leur fille à une fille. Et je crois que je ne m'en remettrai jamais...


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# Posté le lundi 04 mai 2009 14:08

Modifié le samedi 03 octobre 2009 07:39

*Chapitre 1.**« Mon corps en lambeaux. »*

*Chapitre 1.**« Mon corps en lambeaux. »*
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Papa a toujours été très fière de moi. Il disait à qui voulait le savoir que j'étais sa fille, que j'allais devenir une grande avocate, comme lui. Il en oubliait même presque son fils aîné, âgé d'à peine deux ans de plus de moi. Papa adorait me mettre en avant, même si cela me gênait terriblement.
Maman était plus septique. Certes, mes résultats scolaires étaient plus que satisfaisants et mon avenir était tout tracé, mais Maman me faisait souvent des remarques désobligeantes, notamment sur mon alimentation et mon poids. « Grey, cesse de grignoter, tu grossis à vue d'½il! » « Grey, tu as grossis, non ? » ... Oui, Maman... Oui, j'avais pris du poids. Oh, pas grand chose, peut-être deux ou trois kilogrammes. Mais suffisamment pour que Maman le remarque. Bien sur, j'étais jolie, avec quelques rondeurs, mais jolie. J'avais un visage rond et enfantin qui malgré tout, plaisait aux garçons, mais pas à Maman. Elle détestait mes rondeurs et ne cessait de me répéter que je serais beaucoup plus jolie si je perdais un peu de poids. Et même si Papa et Noan – mon frère - disaient le contraire ... moi je l'ai crue.
Suite aux réflexions, j'ai commencé à complexer, jusqu'à détester mon corps. Je le trouvais gros et gras, flasque, même. J'ai donc débuté un régime. A l'époque, je pesais dans les environs de 67 kilogrammes pour 1 mètre 75. En l'espace de deux mois, j'ai perdu jusqu'à dix kilogrammes. Maman était ravie ! Et moi aussi.
Maman avait raison, j'étais beaucoup plus jolie, avec dix kilos en moins. Oui, mais pas assez. Je trouvais mon corps difforme. Mes cuisses étaient grosses, mes bras étaient gros, mon visage était gros, mon ventre était gros. Tout était gros, chez moi. Alors j'ai commencé à vomir le peu que je mangeais. C'est à ce moment là que j'ai chuté...



« Grey, tu ne manges pas ? Demanda mon père. »

Je me dérobai en feignant des maux de ventre et regardai mon assiette encore pleine avec dégoût. J'observai Noan, mangeant ses frites avec entrain et me demandai comment il faisait pour manger quelque chose d'aussi gras, dégoulinant d'huile. Sans un mot, je décidai de sortir de table.
Je m'attardai quelques instants dans les escaliers, assise sur l'une des marches. Un silence de mort régnait, dans la cuisine. Alors, j'allai m'enfermer dans ma chambre.

Une fois encore, je fut incapable d'avaler quoi que ce soit. Une boule obstruait ma gorge, empêchant l'accès à toute nourriture. Les larmes me montèrent alors. Je les essuyai rapidement.
Je m'installai sur mon lit, fermant mes paupières. J'avais perdu deux kilogrammes en trois jours; j'en pesais 55. Ce chiffre me donnait envie de vomir. Je me crispai.

J'entendis quelqu'un monter les escaliers puis un silence qui dura peut-être une minute ou deux. Quelqu'un frappa timidement à ma porte. Je me détendis et l'invitai à entrer. Noan.
Il s'avança dans la pièce et s'allongea à côté de moi, sur mon lit. Il prit une de mes mains, l'observa puis la caressa de ses pouces. Elle était sèche et blessée, suites à mes crises vomitives.
Il soupira.

« Tu as changé, Grey. Je dois dire que je ne te reconnais plus, dit-il.
- Comment ça ? Je suis toujours la même, Noan.
- Non, répondit-il avec un sourire amer. Tu n'es plus ma petite s½ur. Tu n'es plus ma Grey.
- Si, bien sur que si ! M'exclamai-je, surprise qu'il me dise ça.
- Non, Grey. Chaque jour, tu t'éloignes un peu plus. Tu t'effaces... Et puis, tu es si différente de la Grey que je connaissais il y a trois mois. C'est comme si, tu nous évitais. Ne te renfermes pas, parle-nous. Parle-moi.
- Je... »

Je ne sus quoi dire. Il hésita puis me prit dans ses bras. Une étreinte brève et courte. Puis il quitta ma chambre, me laissant seule. Je soupirai.

J'étais épuisée. A cause de mes insomnies, j'accumulai les heures de sommeil. Je peinais très souvent à m'endormir et mon sommeil était plutôt agité. Il m'arrivait parfois de ne pas dormir du tout.
Je tentai de me reposer durant une heure ou deux et fermai mes paupières, me plongeant dans un sommeil sans rêves.

Lorsque je me réveillai, il était dans les environs de 20h30. A ma plus grande surprise, j'avais dormi un peu plus de trois heures.
Je me levai et me contemplai dans le miroir, évitant de poser mes yeux sur mon corps. Même mon visage me dégoûtait. J'avais triste mine et cette longue sieste n'avait pas suffit à faire disparaître les cernes, sous mes yeux. J'étais pâle, aussi. J'avais la peau si blanche; semblable à de la craie. Je passai une main sur mon visage. Pour la première fois, je réalisai une chose : J'avais l'air... malade.
Je baissai brusquement la tête et m'éloignait du miroir, afin de ne plus voir mon reflet.

La maison était calme, comme à son habitude. Je descendis les escaliers, m'agrippant à la rampe. J'évitai la cuisine et rejoignit Noan, dans notre vaste salon. Il regardait la télévision, le volume réduit au minimum. Il devait certainement croire que je dormais encore. Je lui adressai un sourire sans joie et me posai sur le canapé. Noan m'observait du coin de l'oeil. Quant à moi, j'avais le regard vide. Ses sourcils étaient froncés, certainement perturbé par mon silence, que je décidai de briser.

« Maman et Papa ne sont pas à la maison ? Demandai-je d'une voix légèrement enrouée. Ma gorge était sèche et irritée.
- Non, ils sont sortis. Ils mangeront au restaurant, ce soir, Répondit-il.
- Oh, d'accord, Dis-je, cachant ma joie de ne pas les accompagner. »

Je me levai lentement et allai dans la cuisine. Je me servis un verre d'eau afin d'apaiser ma gorge endolorie, ce qui me soulagea légèrement.
J'entendis Noan éteindre la télévision et me rejoindre dans la cuisine, un immense sourire illuminait son visage.

« Tu veux que je commande une pizza ? On pourrait passer la soirée ensemble... comme avant.
- Je... Je crois que je suis malade. Depuis ce midi, je ne me sens pas très bien.
- Grey... Son sourire s'évanouit. A l'instant, je regrettai. Il était tellement déçu.
- Une autre fois, dis-je avec un petit sourire pas très convaincant. »

Je posai mon verre dans l'évier et embrassai la joue de Noan avant de quitter la pièce. Je montai directement dans ma chambre et me cachai sous la couette, refoulant mes larmes. Mon ventre me faisait souffrir, je me tortillai presque de douleur. Tellement j'avais faim. Mais je refusais d'avaler quoi que ce soit. J'avais fourni tellement d'efforts, jusqu'à présent. Je ne voulais pas qu'ils soient réduits à néant...

De ma chambre, j'entendis mon frère téléphoner à un ou deux amis pour passer la soirée ensemble, étant donné que j'avais refusé. J'éprouvai soudainement des remords. Je lui faisais de la peine et je le savais. A chaque fois qu'il me proposait une soirée pizza, je lui sortais le même refrain. Je pouvais le comprendre. Je le décevais tellement, et telles n'étaient pas mes intentions. Mais...

Ses amis arrivèrent très vite. Je les écoutai. Il me semblait que Noan avait mentionné mon prénom. « Grey n'est plus pareille. Je m'inquiète pour elle, elle ne mange rien et maigrit de jour en jour... » Ce fut la parole de trop. Après avoir longuement lutté contre mes larmes, je fus incapable de me contenir. Mon visage était inondé et je ne parvenais pas à stopper cette crise de larmes, comme si elles attendaient de sortir depuis longtemps. J'étouffai mes sanglots dans mon oreiller, tentant vainement de me calmer et de cesser de flot de larmes. Mais je n'y parvenais pas. Alors j'attendis, pleurant, jusqu'à me vider complètement. Quelque part, ça me soulageait. Pas pour longtemps, cependant. Après une heure à peine, de nouvelles larmes menaçaient de meurtrir mon visage...

Comme toutes les nuits, celle-ci fut difficile et très longue. Je guettais chaque minute, sur mon radio réveil et n'avais qu'une hâte, que le jour se lève enfin. La nuit était tel un gouffre qui se renfermait sur moi, m'empêchant de respirer. Je refusais de fermer l'½il, c'était pour moi, comme accepter de mourir. Comparaison stupide.
Lorsque le réveil afficha une heure décente pour me lever, je sortis vivement de mon lit. Je m'inspectai quelques secondes dans le miroir. Mon visage n'avait pas changé, ou peut-être mes cernes, désormais plus visibles que jamais.
Dégoûtée, je détournai très vite le regard et descendis rapidement les escaliers. Je m'arrêtai dans la cuisine, cherchant une petite chose à manger. Je m'emparai d'une pomme et allai dans le salon. Je m'installai dans le canapé, tournant et retournant le fruit entre mes doigts, l'observant d'un regard mauvais. Avec hésitation, je croquais dedans, mâchant lentement, très lentement. Je me levai subitement et courrai jusqu'à la cuisine recracher ce que j'avais dans la bouche et jetai ma pomme à la poubelle. Encore un matin ou je fus incapable d'avaler quoi que ce soit.

Je remontai les escaliers, plus doucement cette fois-ci, me courbant fortement, comme si un poids pesait sur mes épaules. Je me glissai silencieusement dans ma chambre, verrouillant la porte. Je sortis la balance de sa cachette et ôtai mon pyjama. J'y posai un pied tremblant, puis un second; le résultat ne tarda pas à s'afficher. 55,3 kilogrammes. J'avais pris 300 fichus gramme alors que j'avais rien mangé la veille ! Déçue, je remontai plusieurs fois sur la balance, mais le résultat était le même. Je ne pus empêcher une larme dévaler mon visage, puis une seconde, jusqu'à ne plus les compter. Je me rabaissai mentalement. A cet instant, je me détestais tellement que ce fut plus fort que moi; je me dirigeai dans les toilettes, deux doigts dans la gorge, bien que je n'eusse rien à vomir. Je restai suspendue au dessus de la cuvette durant de longues minutes, réalisant que rien ne sortirait. Je me relevai alors et aperçus une nouvelle fois mon reflet dans le miroir. Peau blanche et sèche, cernes et yeux rouges. Je pleurais. Je pleurais parce que j'avais pris 300 grammes et que j'arrivais pas à vomir. Je pleurais autant que je me détestais, autant que je détestais ce corps difforme, presque éc½urant. Je pleurais et rien ne serait capable de m'arrêter. Ni même mon frère, qui fit irruption dans la salle de bains, alerté par mes pleurs. Je tournai le visage dans sa direction et pleurai de plus belle. Il se précipita vers moi et me pris presque violemment dans ses bras. Sa petite soeur pleurait et il détestait ça. Il plaquait mon corps contre son torse. J'avais la tête écrasée contre sa poitrine et je distinguai les battements irréguliers de son coeur, me prouvant son inquiétude. Mes larmes redoublèrent. Il caressa tendrement mes cheveux, voulant me réconforter.

« Chut, Grey. Cesse de pleurer. Je suis là, je suis là... »

Il me répétait inlassablement qu'il était là. Comme rassurée, je parvins à me calmer peu à peu. Nous restâmes dans cette position, puis il desserra son étreinte lorsqu'il vit que je ne pleurais plus. J'avais la tête baissée, et je reniflai légèrement. J'attendais, avec appréhension, qu'il parle. Il me posa contre la baignoire et me regarda dans les yeux. On dirait un père prêt à gronder sa petite fille. Je me fis toute petite.

« Tu m'expliques, Grey ?
- Il n'y a rien à expliquer... dis-je d'une petite voix.
- Vraiment ?!
- Oui...
- Mais merde, Grey ! J'en ai assez ! Tu... tu changes de jour en jour ! Je te reconnais plus ! Depuis que tu as commencé ton régime, là, t'es plus pareille ! Tu ne manges plus, tu maigris, tu es fatiguée et tu pleures tout le temps. Tu croyais que je ne t'entendais pas, n'est-ce pas ? Et bien tu te trompes ! Je ne supporte plus de t'entendre pleurer toutes les nuits, tu comprends que ça me fait mal ? Tu comprends, ça ?
- Je... désolée... »

Que pouvais-je dire d'autre ? Que j'avais un corps immonde et gras ? Que si je pleurais, c'était parce que je me détestais, parce que j'avais pris quelques grammes ? A cette pensées, mes yeux commencèrent à me piquer et je sentais les larmes monter. Non. Pas maintenant. Pas encore. Je pris une grande inspiration et regardais Noan dans les yeux. Il attendait une autre réponse, bien évidement. Et il ne l'aura pas. Je soufflai bruyamment, baissant la tête de nouveau. Il s'impatienta.

« Je n'ai rien à te dire, Noan. »

Il ne sut quoi répondre. Je lisais sur son visage de l'inquiétude, de l'incompréhension et surtout de la déception. Oui, énormément de déception. Je le décevais tellement, et je le savais. Pourtant... Je ne faisais rien pour changer quoi que ce soit. Je restais dans « ma bulle » et n'en sortais pas. Et lui il attendait que je vienne enfin vers lui. Mais je restais là, immobile. Peut-être que j'attendais, moi aussi. Mais attendre quoi ?
Sans un bruit, il quitta la salle de bains, me laissant seule avec moi même. Pendant l'espace d'une seconde, je voulus le retenir, mais je me tus, ne sachant quoi lui dire. Je restai sans bouger pendant quelques minutes, me torturant l'esprit afin de trouver quelque chose pour le rassurer. Noan s'inquiétait pour moi. Mais je ne trouvai rien.
Je me secouai légèrement la tête, et me fit couler un bain. Je me tenais dos au miroir, j'enlevai mon pyjama et m'assis sur le sol glacé, observant la baignoire se remplir peu à peu. Lorsqu'elle fut pleine, je me glissai dans l'eau brûlante. Je restai de longues minutes allongées dans le bain, sans bouger. L'eau chaude contre ma peau me fit du bien. Je mettais parfois ma tête sous l'eau, restant parfois plus d'une minute en apnée. Je dus rester longtemps, car lorsque je sortis du bain, l'eau était tiède, presque froide. Je m'enveloppai dans un peignoir de bain et attendis que je me réchauffe.
Une fois sèche et réchauffée, je m'habillai chaudement, même si la température dépassait bien les 15°, j'étais frileuse. J'enfilais un sweat au dessus d'un débardeur avec un vieux jean.
Je sortis de la salle de bains et descendis les escaliers. Maman et Noan étaient dans la cuisine. Maman buvait son thé, tandis que Noan mangeait un bol de céréales. Je fis une bise sur la joue de Maman et une sur la joue de Noan, pour faire comme si rien ne c'était passé. Noan me fixa et j'évitai un maximum son regard.

« Tu veux du pain grillé, Grey ? Me proposa Maman.
- Non, merci. J'ai déjà pris mon petit déjeuné, Mentis-je. »

Noan n'avala aucun de ces mots et me fusilla du regard. Gênée, je détournai le mien.

« Je sors, Maman.
- Oh. Il est tôt, non ?
- J'ai besoin de prendre l'air.
- Très bien. »

Il était relativement tôt, en effet. Peut-être 8hrs. Peu importe. J'avais besoin de sortir de cette maison dans laquelle je restais enfermée.
Je frissonnai légèrement et mis mes mains dans mes poches. C'était plutôt calme, mais agréable.
Je dus marcher longtemps, car lorsque je rentrai à la maison, Maman préparait déjà le repas pour ce midi. Je jetai un ½il à l'horloge, il était 12hrs43. Je fus surprise de constater que j'étais sortie pendant un bon bout de temps.
Je m'approchai de ma mère, elle jeta un regard furtif vers moi.

« Tu es partie longtemps.
- Oui, je sais. Qu'est ce que tu prépares ?
- Oh, riz et poisson.
- D'accord. »

J'imaginais déjà dans ma tête ce que je mangerai ou non. Je soupirai et quittai la cuisine. Papa était dans le salon, lisant le journal. La télévision était allumée, mais il ne le regardait pas vraiment. Je vins le saluer et m'assis à côté de lui. Aucun de nous ne parlait et c'était très bien comme ça.
Nous restâmes ainsi peut-être une dizaine de minutes, lorsque Maman nous appela pour passer à table. Je me dirigeai lentement dans la cuisine, suivie de Papa.
Je m'installai à la table et regardai Maman me tendre mon assiette. J'avalai un peu de riz et mâchai lentement puis avalai. Ce fut douloureux, comme si j'avalais une lame. Je grimaçai.
Je n'avais pas terminé mon assiette et quittai déjà la table. Je n'avais pas terminé mon riz, juste le poisson. Le moins calorique... Je détestais manger des féculents. J'avalai un grand verre d'eau avant de monter les escaliers. Je m'enfermai à double tour dans la salle de bains et m'approchai des toilettes. J'attachai mes cheveux à l'aide d'un élastique et enfonçai mon index et mon majeur au plus profond de ma gorge, recrachant tout ce que j'avais avalé. Je vomis jusqu'à me vider complètement. Comme à chaque fois, ce fut un passage douloureux. Ma gorge me brûlait. Je tirai la chasse d'eau et me brossais les dents, avant de me laisser glisser contre le mur. Comme à chaque fois, je pleurais...

# Posté le jeudi 14 mai 2009 15:44

Modifié le samedi 10 octobre 2009 16:23

*Chapitre 2.*« A relever à la force de l'âme, un coeur asséché à force de larmes. »*

*Chapitre 2.*« A relever à la force de l'âme, un coeur asséché à force de larmes. »*
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Aujourd'hui, je n'étais pas allée en cours. J'étais trop fatiguée pour faire le moindre pas, c'est à peine si je tenais debout. Alors Maman m'avait proposé de rester à la maison. J'avais hésité, mais réalisant que j'étais incapable de sortir de mon lit, j'avais accepté. Je crois qu'il fallait que je dorme.
J'étais alors seule, dans la maison plus que silencieuse. Une envie me rongeait, celle de me peser. Mais comment, si j'étais incapable de me lever ? Je devais essayer une nouvelle fois.
Je rassemblai mes forces et me levai péniblement. J'avais la désagréable sensation que mon corps pesait deux tonnes, lourd de fatigue, sans doute.
Lorsque je me mis debout, je vacillai et me reteins à la table de chevet. Je me baissai difficilement et glissai la balance de sous mon lit. Je me dévêtis et m'empressai de monter sur le pèse-personne. 54,7 kilogrammes. J'avais perdu 600 grammes. Peut-être grâce à la marche d'hier matin. Je rangeai la balance et remis mon pyjama avant de quitter ma chambre. Je titubai jusqu'aux escaliers et m'accrochai à la rampe. Je fus soudainement prise de vertiges. Il fallait que je mange quelque chose, avant que je ne m'évanouisse.
Je mangeai un fruit; une banane. Ce fut mon seul « repas » de la journée.

Le lendemain, je n'allai pas en cours non plus. Je devais être malade, j'avais de la fièvre. Ce matin-là, je pesais 54,4 kilogrammes. Je n'avais rien mangé de la journée.

Le sur-lendemain, pareil. J'étais certes, un peu moins fiévreuse, mais toujours aussi fatiguée. Je pesais 53,8 kilogrammes. Je ne mangeais rien non plus et buvais seulement; de l'eau.

J'étais restée à la maison durant les trois jours qui suivirent et ne mangeais rien non plus, ou peut-être un yaourt, que je fus incapable de vomir.
Je n'étais pas allée en cours de la semaine, et vendredi, nous étions en vacances.
Aujourd'hui, nous étions dimanche. La balance affichait 52,1 kilogrammes. En l'espace d'une semaine, j'avais perdu très exactement 3,2 kilogrammes.


Je me retournai sans cesse, dans mon lit, ne trouvant pas le sommeil. Je jetai un regard vers le réveil. 3hrs12. Soudain, mon estomac gronda. Je posai une main sur mon ventre, comme pour stopper ces gargouillements, consciente que ça ne fonctionnerait pas. J'avais faim. Tellement faim que je serai prête à manger n'importe quoi, pourvu que je remplisse mon estomac rétréci.
A cet instant, je n'étais plus maître de moi-même, je n'avais plus aucun contrôle. Mes pas me guidèrent inconsciemment dans la cuisine. J'ouvrai à la volée tous les placards, m'emparai de tous les aliments qui me passaient sous la main et les engloutis aussitôt, sans même prendre la peine de les mâcher. Je mangeai, mangeai et mangeai, encore et encore. Je mangeai sans m'arrêter, à m'en donner des haut-le-coeur. Et même si mon estomac était plein, même s'il me faisait atrocement mal, je mangeai. Tout y passa, le pain, les bonbons, le chocolat, les biscuits, les yaourts, les fruits. Tout. Entièrement tout. Et j'étais incapable de m'arrêter. Je ne mangeais même pas pour leur saveur, je ne mangeais pas pour le plaisir, je ne mangeais pas pour l'envie. Je mangeais pour manger, pour remplir mon pauvre estomac. Même si manger n'était pas vraiment le mot approprié. Je me goinfrais. Oui, voilà. J'étais grosse, et je me goinfrais.
Lorsque je m'arrêtai enfin, je n'attendis pas plus longtemps. Je m'attachai les cheveux et m'enfermai dans les toilettes, prenant bien soin de verrouiller la porte; par pure précaution. J'étais suspendue au dessus des toilettes, la gueule grande ouverte, deux doigts enfoncés au fond de la gorge, à vomir chacun des aliments que j'avais été capable d'ingurgiter. Je dégobillai, dégueulai, dégurgitai. Je faisais tout pour vider mon estomac beaucoup trop plein. Je recrachai tout. Entièrement tout. Jusqu'à m'en défoncer l'oesophage... Jusqu'au sang.
Lorsque j'en eut terminé, je me lavai les mains et me brossai les dents. Je détachai mes cheveux et passai une main dans ma chevelure brune. Je sortis de la salle de bains, après m'être vaguement inspectée dans le miroir. J'allai directement dans ma chambre et m'allongeai dans mon lit. Je bus une gorgée d'eau, de la bouteille posée sur ma table de chevet, afin d'apaiser la brûlure de ma gorge. Ce ne fut pas vraiment efficace, étant donné qu'elle était toujours aussi douloureuse. Je tentai d'oublier la douleur et m'enfonçai un peu plus sous ma couette. Comme pour m'effacer.
Pour la première fois depuis de nombreuses semaines, j'avais envie de dormir. Mes paupières s'alourdissaient, au fils des secondes, et je finis par les fermer. Malgré ma fatigue soudaine, je ne m'endormis pas tout de suite. Mais j'y parvins tout de même...


Adossée contre ma fenêtre, j'observai les fines gouttes de pluie s'écraser contre la vitre. Quelques personnes s'empressaient de rentrer chez eux, courant presque, pour éviter que la pluie ne les atteigne. Parmi eux, j'aperçus un garçon. Il ne courait pas, contrairement aux autres. Il marchait lentement, les mains dans les poches, traînant des pieds. Je ne vis pas son visage, il marchait tête baissée. Ses cheveux étaient mouillés, ainsi que ses vêtements. Il ne portait même pas de veste, juste un épais sweat noir, munis d'une capuche qu'il ne portait même pas. A croire qu'il se foutait complètement d'être mouillé ou non.
Je le suivais du regard, lorsque ma mère m'interrompit dans ma contemplation. Elle avait entre-ouverte la porte dans un grincement presque inaudible. Je me retournai, elle avait un téléphone dans la main gauche, et tenait la poignée de sa main droite.

« C'est Judith, au téléphone. Elle souhaite de parler. »

Judith était une très bonne amie. Nous étudions à la même faculté et nous avions toutes les deux le même objectif. Enfin, de mon côté, c'était plutôt celui de mes parents.
Je me levai péniblement et, sans un mot, pris le téléphone qu'elle me tendit. Elle repartit aussitôt, fermant silencieusement la porte derrière elle. Je portai l'appareil à mon oreille.

« Oui ?
- Grey ! Comment vas-tu ?
- Je vais bien, mentis-je. Et toi ?
- Ca va. Tu n'étais pas là, cette semaine. J'ai préféré m'assurer que tu allais bien.
- Oui, je sais. J'étais malade. »

Encore un mensonge. Est-ce vraiment si facile, de mentir ? En quelques mots, déformer sa vie et s'en inventer une autre. C'était si facile pour moi de les rassurer. Tous, sauf un. Noan...
Notre conversation téléphonique ne dura pas très longtemps, pas plus de cinq petites minutes. Je déposai le téléphone sur le meuble à côté de moi et regardai de nouveau à travers la fenêtre. Le garçon n'était plus là. Déçue, je me détournai.

Je soupirai d'ennui. Je n'avais rien pour m'occuper l'esprit, rien pour me défaire de cette routine lassante. Les jours se ressemblaient.
Je voulais sortir. Je voulais sentir la pluie me fouetter le visage en une caresse violente et m'aérer les poumons. Respirer. Je voulais me défaire de ces liens qui me gardaient prisonnière. Oublier ces pensées toutes aussi noires et malsaines les unes que les autres, presque obsessionnelles. Et m'oublier aussi.

Je sortis de ma chambre, pressée. Je voulais sortir. Non, je devais sortir. C'était plus qu'une envie, c'était un besoin. J'enfilai des chaussures au hasard et sans prendre la peine de prendre une veste, de quoi me protéger de la pluie, je sortis sans prévenir personne.
Je marchai rapidement, courrai presque. Je voulais m'éloigner, fuir. Il fallait que je quitte cette maison, il fallait que je m'en aille. Quelque soit le lieu de mon refuge. Pourvu que je parte...

Je m'arrêtai enfin. Ma respiration était saccadée et mon coeur s'affolait, dans ma poitrine. J'ai du faire deux à trois fois le tour de la ville en courant. Je m'étais arrêtée dans une sorte de petit parc. Il y avait quelques arbres, des buissons et un banc, par ci, par là. Je me posai sur l'un d'entre eux. Le ciel était toujours aussi sombre et la pluie n'avait pas cessée. J'étais trempée, de la tête aux pieds.
Je n'avais pas encore récupéré ma course folle et enfonçai ma tête entre mes genoux, respirant bruyamment.

« Tu aurais du te couvrir d'avantages. Tu vas être malade. »

Je relevai le visage. A ma plus grande surprise, je crus reconnaitre le garçon de tout à l'heure. Enfin, je croyais. Il portait les mêmes chaussures et le même sweat.

« Je peux dire la même chose de toi.
- Mm. En effet, oui, dit-il avec un petit rire. Je ne m'attendais pas à trouver quelqu'un ici avec un temps pareil.
- Je dois dire que moi non plus. »

Aucun de nous deux n'engagea à nouveau la conversation. Un chêne nous protégeait vaguement de la pluie. Je l'observai. Il regardait droit devant lui, sa bouche était entre-ouverte, me laissant apercevoir ses dents parfaites. Il avait des yeux d'un vert émeraude, et ses cheveux bruns mouillés collaient contre son front. Il était beau.
Il tourna la tête et planta ses yeux dans les miens. Mon coeur loupa un battement et s'accéléra. Je le sentais battre, contre mes tempes.
Ses lèvres bougèrent. Il me parlait.

« Je m'appelle Adrian. »

Il dit ça avec un sourire. Des petites pommettes se formaient alors sur ses joues.

« Grey, parvins-je à murmurer. »

Il sourit à nouveau, détournant une nouvelle fois son regard. Je pus alors poursuivre ma contemplation, éblouie devant une beauté pareille. Lorsqu'il me regardait, je tournai aussitôt le visage, pour ne pas qu'il me surprenne à le dévisager comme je le faisais. Malgré tout, il dut certainement s'en rendre compte. Qu'importe. Qui sait, peut-être était-ce la première et la dernière fois que j'avais l'occasion de le voir.
La pluie cessa, peu à peu, faisant place au vent. Le bruit des feuilles, des branches qui s'entrechoquaient m'apaisait. Mes longs cheveux bruns qui avaient commencé à sécher se nouaient les uns aux autres, venant parfois se coller contre mon visage.
Mes mains étaient glacées, j'étais frigorifiée. Je tremblai un peu et claquai des dents. Adrian s'en aperçu, puisqu'il enleva son sweat et me le tendis, avec toujours ce même sourire.

« Non. C'est toi qui sera malade, sinon. Garde-le.
- Ne t'en fais pas pour moi, Grey. »

Mon prénom sonnait tellement mieux, de sa bouche. J'en restai bouche-bée.
Sans insister, j'enfilai le vêtement un peu trop grand. Il sentait un parfum inconnu, mélangé à l'humidité. Le mélange donnait une odeur agréable.
Je me réchauffai peu à peu, tandis que lui était en tee-shirt. Je m'en voulais d'être aussi frileuse. J'observai ses avant-bras. Sa peau était bronzée, et semblait si douce. Tellement que je voulus la caresser, ou ne serait-ce que la frôler, du bout des doigts. Et peut-être, lui arracher un petit frisson.

« On marche ? »

Sans un mot, nous nous levâmes puis nous quittâmes le parc.
Je marchai à son côté, sans rien dire. Nos pas raisonnaient contre le sol humide. Je distinguais parfaitement le son de sa respiration se mélanger à la mienne en une mélodie apaisante. Le vent soufflait contre nos visages et faisait virevolter mes cheveux.
Nous passâmes devant l'église. Je jetai un oeil à l'horloge. 15Hrs48. J'étais partie depuis presque cinq heures. Maman devait s'inquiéter. Je ne l'avait pas prévenue, que je sortais. Elle allait encore me sermonner.
J'aperçus au loin le parc que nous avons quitté il y avait de cela une petite heure. J'imagine que c'était ici que nous allions nous quitter. Et j'avais eu raison.
Nous nous arrêtâmes, à l'entrée du parc. J'allais enlever le sweat, mais il m'en empêcha.

« Garde-le. Tu me le rendras... une prochaine fois.
- Ça veut dire que nous allons nous revoir ?
- Cela dépend de toi.
- Alors, oui. »

Nous nous sourîmes, un sourire sincère puis nous nous quittâmes. Il me fit un petit signe de main puis s'éloigna. Quant à moi, je pris la direction de la maison.
Ce fut une après-midi merveilleuse. J'avais eut ce que je voulais. Je m'étais éloignée durant quelques heures, pendant lesquelles j'étais quelqu'un d'autre. Ce fut agréable, un peu trop même...

Lorsque je rentrai à la maison, Maman me prit dans ses bras, à ma plus grande surprise. Je la rassurai du mieux que je pouvais, m'excusant de ne pas l'avoir prévenue. Bien évidemment, elle accepta mes excuses.

Je montai à l'étage, retrouver Noan dans sa chambre. Au passage, je m'examinai dans le miroir. A ma plus grande déception, je me dégoutais toujours autant. Et puis, à quoi je m'attendais ? Que suite à cette rencontre, le cours de ma vie allait changer ? Qu'en quelques heures, tout s'envolerait ? J'étais bien naïve...

Je frappai à la porte de Noan et l'ouvris. Il était allongé sur son lit, ses écouteurs dans les oreilles, paupières closes. Peut-être qu'il dormait, je ne sais pas. Je m'avançai et m'allongeai à côté de lui, me collant contre son corps. Je senti une pression sur mon épaule. Il me serrait contre lui. Je pris un de ses écouteurs et le mis à mon oreille, fermant mes yeux à mon tour, consciente que je ne dormirai pas.
J'avais besoin de passer du temps avec Noan. Ou plutôt, de le rassurer. Oh Noan, si tu savais comme je m'en veux. J'aimerais te parler, crois-moi. Noan, pardonne-moi...


~


Pardonnez-moi pour ce chapitre décevant. Je ne voulais pas vous faire attendre, alors j'ai écrit ce chapitre, aussi vite que j'ai pu. Je me suis peut-être précipitée.
Je me rattraperai au prochain. Promis.

# Posté le vendredi 22 mai 2009 12:10

Modifié le dimanche 11 octobre 2009 14:50